Le Don des Mots : Ecrire pour donner

                            SPAGGIARIES CONTRE SYLVESTRE CETALONNE

- Cela fait combien de temps qu’on est parti ?
- Wii ! J’sais pas. J’ai pas la notion de temps…
- Chuttt… Arrête de faire ton bruit, on n’est pas dans un jeu !
Madeleine s’était arrêtée tout net de creuser, et Ginette lui rentra dedans.
- Wii ! Et mon nez ! Préviens !
- T’es myope ou quoi ? Faut faire gaffe où on va. Quelque chose me dit qu’on va buter sur du dur. Ya des rochers par ici.
- Et ben, on fait un détour.
- C’est moi qui pellette en ce moment, et c’est crevant. Et, si t’as pas la notion de temps, moi non plus alors il vaut mieux se presser car je veux être à l’heure pour atteindre l’or. On a commencé à la nuit. C’est plus sûr. Si notre trou est repéré, ils vont nous trouver et nous plomber.
Cela faisait quelques jours que lui, Sylvestre Cetalonne, guettait leur manège. Elles allaient et venaient, minaudant, louvoyant pour repérer les lieux. Mais il ne fallait pas lui en conter. Il était sûr qu’elles viendraient même si pourtant, il avait fait renforcer les protections, grillagé, barreaudé. Il voulait les prendre sur le fait. Plus facile de les choper définitivement, lui le gardien des lieux. Un type bien qui aurait pu faire le Vietnam et en revenir s’il était né au bon moment dans le bon pays. C’était même un spécialiste en protection dans son genre. Et on avait besoin de mecs comme lui. Car, autour, c’était la jungle, l’insécurité. Il aurait presque fallu de la pommade anti crocodile pour traverser le patelin. Mais lui, c’était un futé. Pas besoin de matos comme certains qui mettaient des caméras partout. Lui, c’était simple. Il surveillait et stoppaient en flagrant délit. Encore plus malin que le Viêt-Cong.
- J’te fais confiance, dit Ginette d’un ton qui disait le contraire.
- Alors avance, maugréa Madeleine s’en voulant d’avoir enfreint sa tradition de solitude.
Elle en avait marre de creuser, creuser et toujours creuser. Et puis se creuser la tête aussi pour trouver le bon chemin. Ha, voilà, elle en était sûre. Le dur.
- Stôôôôp.
Pas de réponse. Merde, qu’est-ce qu’elle faisait encore Ginette. Elle se retourna et la vit en train de vouloir avaler un spaghetti.
- T’es conne ou quoi, qu’est-ce que tu veux bouffer ?
- J’ai trop faim. J’m’en fous de ce que c’est.
- T’es folle, la dernière personne qui est passée ici doit être morte et enterrée. Tu vas t’empoisonner !
- Tu crois ?
Elle est vraiment débile Ginette. Qu’est-ce qui lui a pris de l’emmener dans ce voyage avec elle ? Elle qui avait tout prévu et manigancé. Un sol meuble. Facile à percer. Efficace et tip top comme dirait... Elle sait plus qui d’ailleurs. Elle avait de qui tenir. Son père travaillait dans les mines. Sa mère bossait dans un golf. Une vie pleine de trous ! Et elle, la fille s’était aussi retrouvée au trou ! C’est là qu’elle avait rencontré Ginette. Bête mais sympa dans son genre.
Il avait tout prévu. L’alarme se déclencherait et, le piège se refermerait ! Et exit les cambrioleuses en habits noirs ! Au trou ! Ouaih. Au trou ! Elles creusaient leur propre trou ! Lui Sylvestre, avait de l’humour. Des muscles, du courage et du pif.
- Merde, ya d’l’eau qui coule !
- Eh bien bois-la ! Tempêta Madeleine qui avait réussi à contourner le rocher qui n’était en fait qu’un très gros caillou.
- Wii ! Et si ça s’écroulait ?
- J’m’inquiète pas pour toi. T’arrives toujours à retomber sur tes pattes. La preuve, t’as réussi à me convaincre de t’emmener.
- Tu regrettes, dit Ginette de sa petite voix.
- Un top modèle comme toi qui n’ose pas se salir pour aider la copine qui travaille pour la fortune, oui, je regrette presque que tu sois du voyage.
- C’est pas…
- Chut, tais-toi ! Ya du bruit…
- Wi !!
- La ferme ! J’entends des pas qui résonnent.
Il les aurait. Il les sentait toutes proches. Il s’approcha pour vérifier que tout était bien calé. Elles seraient bientôt piégées comme des rats.
- Madeleine, j’ai peur.
- Moi aussi Ginette, mais on est trop près de la fortune. On ne peut pas reculer.
Allez, approchez petites ! Encore un chouia de creusage en plus et je vous cueille comme un grand flic attrape les gangsters de sa vie.
Madeleine avait été rejointe par Ginette qui maintenant s’activait, frétillait, haletait pour sortir du tunnel.
- T’es pénible Ginette ! J’ai tout fait, quasiment à me forger de la corne et à la fin, tu me bouscules pour arriver avant !
- Je t’aide car tu es fatiguée. Trop forte la Ginette ! Elle pousse même les derniers cailloux d’une simple pichenette !
Merde, c’est quoi ce bins ? Elles ont un tractopelle ou quoi ? Elles sont combien ?
Ginette allait de plus en plus vite, crachant, vibrant, grattant. Tant pis pour les cailloux. Il fallait qu’elle le voie ce trésor doré.

Bling !!!!!!!!!!!!!!
- Sales bêtes !

Au terme de son voyage quotidien, Ginette s’attendait en émergeant de sa galerie, à voir entre les herbes l’or étincelant du soleil dans la douce rosée du matin. Au lieu de ça, elle vit un monstre hirsute poussant un cri de bête horrible. Elle fit un saut en arrière, écrasant la petite truffe de Madeleine qui ronchonna mais ressentit avec ses vibrisses la peur de son amie et, partit avec elle en poussant un Wii sonore.
Avec le ronchonnement d’un moteur cassé, le monstre tel un troll ébouriffé, écarta les deux tiges du piège en métal pour y extraire le silex qui s’y était coincé à la place des taupes qu’il chassait.
                                                                                                                  François CHAUMARD